Bonifacy contre Dé Tham - INDOCHINE cartes postales anciennes

Bonifacy contre Dé Tham


Le vainqueur du Dê Tham
De petite taille, bedonnant, très myope, d’aspect débonnaire, le chef de bataillon Bonifacy n’a pas l’apparence d’un guerrier.

Pourtant, dès 1909, sa profonde connaissance des choses et des êtres tonkinois va lui permettre de jouer un rôle essentiel dans la lutte contre les réformistes chinois (3) qui ont passé la frontière sino-tonkinoise et surtout lors des opérations menées pour neutraliser le fameux pirate Dê Tham.

Ce dernier, de son nom de guerre chez les Pavillons Noirs Hoang Van Tham, commence la lutte contre les Français dès 1884. Portant une pierre de jade censée le protéger, il déjoue toutes les tentatives faites pour l’arrêter. Il organise même ses funérailles avec un grand cortège de pleureuses pour accréditer la thèse de sa mort.

En 1895, le colonel Gallieni l’accule dans un repaire mais il réussit à s’échapper. S’étant en apparence soumis à l’autorité française à plusieurs reprises et disposant d’un fief ainsi que d’une petite armée tolérée par le gouvernement de l’Union, il reprend les hostilités périodiquement après avoir attaqué des trains ou enlevé des Européens.

Il devient ainsi aux yeux des populations une espèce de Robin des Bois annamite défiant la loi « voleur de grand chemin transformé en patriote se sacrifiant pour l’indépendance du pays ». Le Général Charbonneau écrit plus tard : « De 1883 à 1913, la France n’a pas rencontré de résistant plus tenace que le Dê Tham. Son génie tactique et son courage en font un des précurseurs authentiques des combattants viêt-minh qui ont étonné le monde ».

A la fin de 1908, le Gouverneur Klobukowski charge le colonel Bataille de capturer le Dê Tham. Ce dernier a été localisé en dehors de son repaire du Yên-Thê dans la province de Phuc-Yên.

Le chef de bataillon Bonifacy en tant que spécialiste du pays est adjoint au chef de l’opération.
Le Tông Dôc (4) d’Hai-Duong, Lê Hoan, nommé Kham Sai c’est-à-dire délégué de l’Empereur d’Annam, rejoint les troupes avec 400 partisans.

Bonifacy prend le commandement d’une colonne qui combat à Yên-Lo le 6 septembre et à Nui-Lang le 5 octobre. Devant cette position fortifiée par les rebelles, il encercle au prix de 17 tués et 35 blessés le Dê Tham qui doit fuir tout seul « blessé et revolver au poing ».

L’affrontement, qui va jusqu’au corps à corps après que des bombes aient été lancées dans les tranchées ennemies, est très dur.

Le commandant de Bao-Lac adopte ensuite une tactique de « chouan asiatique » sans trop s’attacher au terrain pour poursuivre les pirates.

Il réussit à capturer la troisième et la quatrième épouses du chef rebelle qui est très démoralisé par cette disparition.

Les pertes totales s’élèvent à 115 tués et 167 blessés. Pour évacuer ces derniers. Bonifacy réquisitionne un train de Thach-Loi à Hanoï. Lors de leur arrivée à l’hôpital de cette ville, un accompagnateur, qui demande à un médecin militaire un bon de nourriture pour les tirailleurs tonkinois, s’attire cette réponse méprisante : « Quoi ? du bouillon pour ces gens-là ».

Le texte de la récompense attribuée à cette occasion à l’officier supérieur précise qu’il a obtenu le maximum des partisans placés sous ses ordres. En effet grâce à ses accointances avec les Mans, il a été en permanence au courant des mouvements de l’adversaire.

Un jeune soldat, Louis Arnoux, formé sur le terrain à ses méthodes, deviendra sous le proconsulat de l’amiral Decoux directeur de la police de l’Union Indochinoise.

Auréolé de sa victoire sur les troupes du Dê Tham (5) Bonifacy, qui vient d’avoir une fille Anne-Marie avec sa compagne sino-tonkinoise. reçoit alors avec plaisir, en 1910, la responsabilité du cercle de Nha-Nam évacué par les pirates.


Le résident du Tonkin Simoni, qui l’a choisi pour « sa grande expérience des indigènes », lui donne carte blanche pour l’administrer. Il refuse tout d’abord le concours des troupes régulières et forme des milices.

Ensuite, il remplace les Annamites par des Mans Ta Pan et Lan Tien qui pour lui « sont plus Mans que les autres Mans ». Il s’attire ainsi l’hostilité des bureaux d’Hanoï qui croient à tort que « les populations nouvellement implantées n’hésiteront pas longtemps entre les menaces des pirates et l’humanité du commandant de cercle ».

Arrivé bientôt au terme de sa carrière, Bonifacy assume à compter de septembre 1911 les importantes fonctions de commandant du IIIème T.M. à Ha-Giang. C’est là le point fort de son existence tonkinoise.

A la suite d’un conflit concernant le commerce de l’opium entre les Méos du Dong-Quan et les Thos, il arrive habilement à donner satisfaction aux deux parties. Il fait continuer la culture du pavot car c’est la seule exploitation rentable du pays qui permette aux habitants de vivre et de régler les impôts.

Il refuse donc de poursuivre les contrebandiers de la drogue. La Résidence d’Hanoï lui reproche de favoriser les minorités surtout les Mans Quoc, « les plus évolués et très habiles cultivateurs qui obtiennent deux récoltes annuelles ».
Mais le gouverneur général Sarraut lui écrit : « Je sais votre souci du bien-être des populations que vous dirigez avec la parfaite connaissance de leurs besoins et de leurs aspirations ».

Le 6 avril 1914, couvert d’éloges par les autorités civiles et militaires, le lieutenant-colonel Bonifacy quitte l’armée active et se retire à Hanoï.

Paradoxalement, présent au Tonkin depuis vingt ans et y ayant rendu les plus signalés services, il n’a jamais pu obtenir une décoration locale : Dragon d’Annam ou Kim Khanh.

Sa déception doit être avivée à la lecture du journal officiel qui décerne ces récompenses à un percepteur, un directeur de théâtre et un fabricant d’allumettes n’ayant jamais mis les pieds en Indochine.

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